Electre de jean Giraudoux

ÉLECTRE a été joué pour la première fois le jeudi 13 mai 1937 au théâtre Louis Jouvet (Athénée) sous la direction de Louis Jouvet et avec la distribution suivante :

ÉLECTRE : Renée Devillers.

 

CLYTEMNESTRE : Gabrielle Dorziat.

 

AGATHE : Madeleine Ozeray.

 

LA FEMME NARSÈS : Raymone.

 

LES EUMÉNIDES : Marthe Herlin, Monique Mélinand, Denise Pezzani.

 

LES PETITES EUMÉNIDES : Vera Phares, Nicole Munie, Clairette Fournier.

 

LE MENDIANT : Louis Jouvet.

 

ÉGISTHE : Pierre Renoir.

 

LE PRÉSIDENT : Romain Bouquet.

 

ORESTE : Paul Cambo.

 

LE JARDINIER : Alfred Adam.

 

LE JEUNE HOMME : Jean Deninx.

 

LE CAPITAINE : Robert Bogar.

 

LE GARÇON D’HONNEUR : Maurice Castel.

 

LES MAJORDOMES : Julien Barrot, René Belloc.

 

UN MENDIANT : André Moreau.

 

INVITÉS VILLAGEOIS. SOLDATS. SERVITEURS. ÉCUYERS ET SUIVANTES. MENDIANTES ET MENDIANTS :

 

Pamela Stirling. Émile Villard. Paul Ménager. Robert Geller. Constant Darras. Fernand Bellan. Roger Astruc.

 

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Cour intérieure dans le palais d’Agamemnon.

 

Une musique de scène avait été composée pour la pièce par Vittorio Rieti. Le décor était de Guillaume Monin, les costumes de Dimitri Bouchene et Karinska.

 

SCÈNE PREMIÈRE

Un étranger (Oreste) entre escorté de trois petites filles, au moment où, de l’autre côté, arrivent le jardinier, en costume de fête, et les invités villageois.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Ce qu’il est beau, le jardinier !

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Tu penses ! C’est le jour de son mariage.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Le voilà, monsieur, votre palais d’Agamemnon !

 

L’ÉTRANGER. – Curieuse façade !… Elle est d’aplomb ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Non. Le côté droit n’existe pas. On croit le voir, mais c’est un mirage. C’est comme le jardinier qui vient là, qui veut vous parler. Il ne vient pas. Il ne va pas pouvoir dire un mot.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Ou il va braire. Ou miauler.

 

LE JARDINIER. – La façade est bien d’aplomb, étranger ; n’écoutez pas ces menteuses. Ce qui vous trompe, c’est que le corps de droite est construit en pierres gauloises qui suintent à certaines époques de l’année. Les habitants de la ville disent alors que le palais pleure. Et que le corps de gauche est en marbre d’Argos, lequel, sans qu’on ait jamais su pourquoi, s’ensoleille soudain, même la nuit. On dit alors que le palais rit. Ce qui se passe, c’est qu’en ce moment le palais rit et pleure à la fois.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Comme cela il est sûr de ne pas se tromper.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – C’est tout à fait un palais de veuve.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Ou de souvenirs d’enfance.

 

L’ÉTRANGER. – Je ne me rappelais pas une façade aussi sensible…

 

LE JARDINIER. – Vous avez déjà visité le palais ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tout enfant.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Il y a vingt ans.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Il ne marchait pas encore.

 

LE JARDINIER. – On s’en souvient, pourtant, quand on l’a vu.

 

L’ÉTRANGER. – Tout ce que je me rappelle, du palais d’Agamemnon, c’est une mosaïque. On me posait dans un losange de tigres quand j’étais méchant, et dans un hexagone de fleurs quand j’étais sage. Et je me rappelle le chemin qui me menait rampant de l’un à l’autre… On passait par des oiseaux.

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Et par un capricorne.

 

L’ÉTRANGER. – Comment sais-tu cela, petite ?

 

LE JARDINIER. – Votre famille habitait Argos ?

 

L’ÉTRANGER. – Et je me rappelle aussi beaucoup, beaucoup de pieds nus. Aucun visage, les visages étaient haut dans le ciel, mais des pieds nus. J’essayais, entre les franges, de toucher leurs anneaux d’or. Certaines chevilles étaient unies par des chaînes ; c’était les chevilles d’esclaves. Je me rappelle surtout deux pieds tout blancs, les plus nus, les plus blancs. Leur pas était toujours égal, sage, mesuré par une chaîne invisible. J’imagine que c’était ceux d’Électre. J’ai dû les embrasser, n’est-ce pas ? Un nourrisson embrasse tout ce qu’il touche.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – En tout cas, c’est le seul baiser qu’ait reçu Électre.

 

LE JARDINIER. – Pour cela, sûrement.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tu es jaloux, hein, jardinier ?

 

L’ÉTRANGER. – Elle habite toujours le palais, Électre ?

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Toujours. Pas pour longtemps.

 

L’ÉTRANGER. – C’est sa fenêtre, la fenêtre aux jasmins.

 

LE JARDINIER. – Non. C’est celle de la chambre où Atrée, le premier roi d’Argos, tua les fils de son frère.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Le repas où il servit leurs cœurs eut lieu dans la salle voisine. Je voudrais bien savoir quel goût ils avaient.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Il les a coupés, ou fait cuire entiers ?

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Et Cassandre fut étranglée dans l’échauguette.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Ils l’avaient prise dans un filet et la poignardaient. Elle criait comme une folle, dans sa voilette… J’aurais bien voulu voir.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tout cela dans l’aile qui rit, comme tu le remarques.

 

L’ÉTRANGER. – Celle avec les roses ?

 

LE JARDINIER. – Étranger, ne cherchez aucune relation entre les fenêtres et les fleurs. Je suis le jardinier du palais. Je les fleuris bien au hasard. Ce sont toujours des fleurs.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Pas du tout. Il y a fleur et fleur. Le phlox va bien mal sur Thyeste.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Et le réséda sur Cassandre.

 

LE JARDINIER. – Vont-elles se taire ! La fenêtre avec les roses, étranger, est celle de la piscine où notre roi Agamemnon, le père d’Électre, glissa, revenant de la guerre, et se tua, tombant sur son épée.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Il prit son bain après sa mort. À deux minutes près. Voilà la différence.

 

LE JARDINIER. – La voilà, la fenêtre d’Électre.

 

L’ÉTRANGER. – Pourquoi si haut, presque aux combles ?

 

LE JARDINIER. – Parce que, de cet étage, on voit le tombeau de son père.

 

L’ÉTRANGER. – Pourquoi dans ce retrait ?

 

LE JARDINIER. – Parce que c’est l’ancienne chambre du petit Oreste, son frère, que sa mère envoya hors du pays quand il avait deux ans, et dont on n’a plus de nouvelles.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Écoutez, écoutez, mes sœurs ! On parle du petit Oreste !

 

LE JARDINIER. – Voulez-vous partir ! Allez vous nous laisser ! On dirait des mouches.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Nous ne partirons pas. Nous sommes avec l’étranger.

 

LE JARDINIER. – Vous connaissez ces filles ?

 

L’ÉTRANGER. – Je les ai rencontrées aux portes. Elles m’ont suivi.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Nous l’avons suivi parce qu’il nous plaît.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Parce qu’il est rudement plus beau que toi, jardinier.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Les chenilles ne lui sortent pas de la barbe.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Ni les hannetons du nez.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Pour que les fleurs sentent bon, il faut sans doute que le jardinier sente mauvais.

 

L’ÉTRANGER. – Soyez polies, mes enfants, et dites-nous ce que vous faites dans la vie.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Nous y faisons que nous ne sommes pas polies.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Nous mentons. Nous médisons. Nous insultons.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Mais notre spécialité, c’est que nous récitons.

 

L’ÉTRANGER. – Vous récitez quoi ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Nous ne le savons pas d’avance. Nous inventons à mesure. Mais c’est très bien, très bien.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Le roi de Mycènes, dont nous avons injurié la belle-sœur, nous a dit que c’était très, très bien.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Nous disons tout le mal que nous pouvons trouver.

 

LE JARDINIER. – Ne les écoutez pas, étranger. On ne sait qui elles sont. Elles circulent depuis deux jours dans la ville, sans amis connus, sans famille ! Si on leur demande qui elles sont, elles prétendent s’appeler les petites Euménides. Et l’épouvantable, est qu’elles grandissent, qu’elles grossissent à vue d’œil… Hier, elles avaient des années de moins qu’aujourd’hui… Viens ici, toi !

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Ce qu’il est brusque, pour un marié !

 

LE JARDINIER. – Regardez-la… Regardez ces cils qui poussent. Regardez sa gorge. Je m’y connais. Mes yeux savent voir pousser les champignons… Elle grandit sous les yeux…, à la vitesse d’une oronge…

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Les vénéneux battent tous les records.

 

TROISIÈME PETITE FILLE, à la première. – Elle grossit, ta gorge, à toi ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Récitons-nous, oui ou non ?

 

L’ÉTRANGER. – Laissez-les réciter, jardinier.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Récitons Clytemnestre, mère d’Électre. Vous y êtes, pour Clytemnestre ?

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Nous y sommes.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – La reine Clytemnestre a mauvais teint. Elle se met du rouge.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Elle a mauvais teint parce qu’elle a mauvais sommeil.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Elle a mauvais sommeil parce qu’elle a peur.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – De quoi a peur la reine Clytemnestre ?

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – De tout.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Qu’est-ce, que tout ?

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Le silence. Les silences.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Le bruit. Les bruits.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – L’idée qu’il va être minuit. Que l’araignée sur son fil est en train de passer de la partie du jour où elle porte bonheur à celle où elle porte malheur.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Tout ce qui est rouge, parce que c’est du sang.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – La reine Clytemnestre a mauvais teint. Elle se met du sang !

 

LE JARDINIER. – Quelles histoires stupides !

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – C’est bien, n’est-ce pas ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Comme nous rattrapons le commencement avec la fin, c’est on ne peut plus poétique ?

 

L’ÉTRANGER. – Très intéressant.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Puisque Électre vous intéresse, nous pouvons réciter Électre. Vous y êtes, sœurs ? Nous pouvons réciter ce qu’elle était, Électre, à notre âge.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Je le pense, que nous y sommes !

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Depuis que nous n’étions pas nées, depuis avant-hier, nous y sommes !

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Électre s’amuse à faire tomber Oreste des bras de sa mère.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Électre cire l’escalier du trône pour que son oncle, Égisthe, le régent, s’étale sur le marbre !

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Électre se prépare à cracher à la figure de son petit frère Oreste, si jamais il revient.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Cela, ce n’est pas vrai. Mais ça fait bien.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE.

 

« Depuis dix-neuf ans elle amasse

 

Dans sa bouche un crachat fielleux. »

 

TROISIÈME PETITE FILLE

 

« Elle pense à tes limaces,

 

Jardinier, pour saliver mieux. »

 

LE JARDINIER. – Cette fois, taisez-vous, sales petites vipères !

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Ah là ! là ! Le marié se fâche.

 

L’ÉTRANGER. – Il a raison. Filez !

 

LE JARDINIER. – Et ne revenez pas !

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Nous reviendrons demain.

 

LE JARDINIER. – Essayez ! Le palais est interdit aux filles de votre âge !

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Demain nous serons grandes.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Demain sera le lendemain du mariage d’Électre avec son jardinier. Nous serons grandes.

 

L’ÉTRANGER. – Que disent-elles ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tu ne nous as pas défendues, étranger, tu t’en repentiras !

 

LE JARDINIER. – Affreuses petites bêtes. On dirait trois petites Parques ! C’est effroyable le destin enfant.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Le destin te montre son derrière, jardinier. Regarde s’il grossit !

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Venez, sœurs. Laissons-les tous deux devant leur façade gâteuse.

 

Sortent les petites Euménides, devant qui s’écartent avec terreur les invités.

 

SCÈNE DEUXIÈME

L’étranger, le jardinier. Le président du tribunal et sa jeune femme, Agathe Théocathoclès, les villageois.

 

L’ÉTRANGER. – Que disent ces filles ! Que tu épouses Électre, toi, le jardinier ?

 

LE JARDINIER. – Elle sera ma femme dans une heure.

 

AGATHE THÉOCATHOCLÈS. – Il ne l’épousera pas. Nous venons pour l’en empêcher.

 

LE PRÉSIDENT. – Jardinier, je suis ton cousin éloigné, et second président du tribunal. Puisque je peux, à double titre, te donner un conseil, fuis vers tes radis et tes courges, n’épouse pas Électre.

 

LE JARDINIER. – C’est l’ordre d’Égisthe.

 

L’ÉTRANGER. – Suis-je fou ? Si Agamemnon vivait, le mariage d’Électre serait la cérémonie de la Grèce, et Égisthe la donne à un jardinier, dont même la famille proteste ! Vous n’allez pas me dire qu’Électre est laide, ou bossue !

 

LE JARDINIER. – Électre est la plus belle fille d’Argos.

 

AGATHE THÉOCATHOCLÈS. – Enfin, elle n’est pas mal.

 

LE PRÉSIDENT. – Et pour droite elle est droite. Comme toutes les fleurs qui ne croient point au soleil.

 

L’ÉTRANGER. – Est-elle alors arriérée, sans esprit ?

 

LE PRÉSIDENT. – L’intelligence même.

 

AGATHE. – Beaucoup de mémoire surtout. Ce n’est pas toujours la même chose. Moi je n’ai pas de mémoire. Excepté pour ton anniversaire, chéri. Cela, je ne l’oublie jamais.

 

L’ÉTRANGER. – Que peut-elle faire alors, que peut-elle dire, pour qu’on la traite ainsi ?

 

LE PRÉSIDENT. – Elle ne fait rien. Elle ne dit rien. Mais elle est là.

 

AGATHE. – Elle est là.

 

L’ÉTRANGER. – C’est son droit. C’est le palais de son père. Ce n’est pas de sa faute s’il est mort.

 

LE JARDINIER. – Jamais je n’aurais eu l’audace de songer à épouser Électre, mais puisque Égisthe l’ordonne, je ne vois pas ce que j’ai à craindre.

 

LE PRÉSIDENT. – Tu as tout à craindre, c’est le type de la femme à histoires.

 

AGATHE. – Et s’il ne s’agissait que de toi ! Notre famille a tout à craindre !

 

LE JARDINIER. – Je ne te comprends pas.

 

LE PRÉSIDENT. – Tu vas la comprendre : la vie peut être très agréable n’est-ce pas ?

 

AGATHE. – Très agréable… Infiniment agréable !

 

LE PRÉSIDENT. – Ne m’interromps pas, chérie, surtout pour dire la même chose… Elle peut être très agréable. Tout a plutôt tendance à s’arranger dans la vie. La peine morale s’y cicatrise autrement vite que l’ulcère, et le deuil que l’orgelet. Mais prends au hasard deux groupes d’humains : chacun contient le même dosage de crime, de mensonge, de vice ou d’adultère…

 

AGATHE. – C’est un bien gros mot, adultère, chéri…

LE PRÉSIDENT. – Ne m’interromps pas, surtout pour me contredire. D’où vient que dans l’un l’existence s’écoule douce, correcte, les morts s’oublient, les vivants s’accommodent d’eux-mêmes, et que dans l’autre, c’est l’enfer ? C’est simplement que dans le second il y a une femme à histoires.

 

L’ÉTRANGER. – C’est que le second a une conscience.

 

AGATHE. – J’en reviens à ton mot adultère. C’est quand même un bien gros mot !

 

LE PRÉSIDENT. – Tais-toi, Agathe. Une conscience ! Croyez-vous ! Si les coupables n’oublient pas leurs fautes, si les vaincus n’oublient pas leurs défaites, les vainqueurs leurs victoires, s’il y a des malédictions, des brouilles, des haines, la faute n’en revient pas à la conscience de l’humanité, qui est toute propension vers le compromis et l’oubli, mais à dix ou quinze femmes à histoires !

 

L’ÉTRANGER. – Je suis bien de votre avis. Dix ou quinze femmes à histoires ont sauvé le monde de l’égoïsme.

 

LE PRÉSIDENT. – Elles l’ont sauvé du bonheur ! Je la connais Électre ! Admettons qu’elle soit ce que tu dis, la justice, la générosité, le devoir. Mais c’est avec la justice, la générosité, le devoir, et non avec l’égoïsme et la facilité, que l’on ruine l’état, l’individu et les meilleures familles.

 

AGATHE. – Absolument… Pourquoi, chéri ? Tu me l’as dit,

j’ai oublié !…

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