Mois: mai 2015

Electre de jean Giraudoux

ÉLECTRE a été joué pour la première fois le jeudi 13 mai 1937 au théâtre Louis Jouvet (Athénée) sous la direction de Louis Jouvet et avec la distribution suivante :

ÉLECTRE : Renée Devillers.

 

CLYTEMNESTRE : Gabrielle Dorziat.

 

AGATHE : Madeleine Ozeray.

 

LA FEMME NARSÈS : Raymone.

 

LES EUMÉNIDES : Marthe Herlin, Monique Mélinand, Denise Pezzani.

 

LES PETITES EUMÉNIDES : Vera Phares, Nicole Munie, Clairette Fournier.

 

LE MENDIANT : Louis Jouvet.

 

ÉGISTHE : Pierre Renoir.

 

LE PRÉSIDENT : Romain Bouquet.

 

ORESTE : Paul Cambo.

 

LE JARDINIER : Alfred Adam.

 

LE JEUNE HOMME : Jean Deninx.

 

LE CAPITAINE : Robert Bogar.

 

LE GARÇON D’HONNEUR : Maurice Castel.

 

LES MAJORDOMES : Julien Barrot, René Belloc.

 

UN MENDIANT : André Moreau.

 

INVITÉS VILLAGEOIS. SOLDATS. SERVITEURS. ÉCUYERS ET SUIVANTES. MENDIANTES ET MENDIANTS :

 

Pamela Stirling. Émile Villard. Paul Ménager. Robert Geller. Constant Darras. Fernand Bellan. Roger Astruc.

 

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Cour intérieure dans le palais d’Agamemnon.

 

Une musique de scène avait été composée pour la pièce par Vittorio Rieti. Le décor était de Guillaume Monin, les costumes de Dimitri Bouchene et Karinska.

 

SCÈNE PREMIÈRE

Un étranger (Oreste) entre escorté de trois petites filles, au moment où, de l’autre côté, arrivent le jardinier, en costume de fête, et les invités villageois.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Ce qu’il est beau, le jardinier !

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Tu penses ! C’est le jour de son mariage.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Le voilà, monsieur, votre palais d’Agamemnon !

 

L’ÉTRANGER. – Curieuse façade !… Elle est d’aplomb ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Non. Le côté droit n’existe pas. On croit le voir, mais c’est un mirage. C’est comme le jardinier qui vient là, qui veut vous parler. Il ne vient pas. Il ne va pas pouvoir dire un mot.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Ou il va braire. Ou miauler.

 

LE JARDINIER. – La façade est bien d’aplomb, étranger ; n’écoutez pas ces menteuses. Ce qui vous trompe, c’est que le corps de droite est construit en pierres gauloises qui suintent à certaines époques de l’année. Les habitants de la ville disent alors que le palais pleure. Et que le corps de gauche est en marbre d’Argos, lequel, sans qu’on ait jamais su pourquoi, s’ensoleille soudain, même la nuit. On dit alors que le palais rit. Ce qui se passe, c’est qu’en ce moment le palais rit et pleure à la fois.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Comme cela il est sûr de ne pas se tromper.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – C’est tout à fait un palais de veuve.

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Ou de souvenirs d’enfance.

 

L’ÉTRANGER. – Je ne me rappelais pas une façade aussi sensible…

 

LE JARDINIER. – Vous avez déjà visité le palais ?

 

PREMIÈRE PETITE FILLE. – Tout enfant.

 

DEUXIÈME PETITE FILLE. – Il y a vingt ans.

 

TROISIÈME PETITE FILLE. – Il ne marchait pas encore.

 

LE JARDINIER. – On s’en souvient, pourtant, quand on l’a vu.

 

L’ÉTRANGER. – Tout ce que je me rappelle, du palais d’Agamemnon, c’est une mosaïque. On me posait dans un losange de tigres quand j’étais méchant, et dans un hexagone de fleurs quand j’étais sage. Et je me rappelle le chemin qui me menait rampant de l’un à l’autre… On passait par des oiseaux.

(suite…)

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